À 87 ans, loin des siens? Une famille de Mutton Bay dénonce son transfert

Écrit par le 12 février 2026

Bradley Shattler, résident de Mutton Bay, est loin d’oublier le message laissé sur sa boîte vocale, il y a quelques semaines par le CISSS de la Côte-Nord. Dans ce dernier, il apprend que l’on souhaite transférer son père, Ronald Shattler, âgé de 87 ans, vers le CHSLD de Blanc-Sablon.

Une situation inquiétante pour lui et sa famille puisque son père réside actuellement à la Maison Mécatina de La Tabatière, située à seulement quelques kilomètres de chez lui. Cette proximité permet de lui rendre visite pratiquement tous les jours et de s’assurer qu’il reçoit les bons soins explique-t-il.

Une décision qu’il ne comprend pas. Selon lui, l’état de son père, atteint de la maladie d’Alzheimer, n’a pas changé. Le personnel de l’établissement le confirmerait également. Un transfert vers Blanc-Sablon entraînerait par ailleurs des coûts importants pour la famille : déplacements en hélicoptère, en avion ou encore à bord du Bella Desgagnés. Mais au-delà des frais, Bradley Shattler craint surtout l’isolement de son père, loin de ses proches.

Alors pourquoi ce transfert ? Le CISSS de la Côte-Nord explique par courriel que les usagers sont évalués à l’aide d’outils standardisés qui établissent les profils de perte d’autonomie. Selon les résultats de leur évaluation, ils sont orientés vers le milieu qui répond le mieux à leur besoin, par exemple une ressource intermédiaire (RI) ou un CHSLD. Par la suite, les usagers et leur famille déterminent la ville qui est leur premier choix pour l’hébergement. 

Mais pour Bradley Shattler, son père serait plutôt victime d’un problème plus vaste comme le manque de financement.

La Maison Mécatina, comme plusieurs autres ressources intermédiaires au Québec, ne recevrait pas les sommes nécessaires pour offrir l’ensemble des soins requis, soutient son président, Josh Bolan. Il rappelle que l’établissement, construit en 2019, a justement pour mission de permettre aux aînés des villages isolés comme La Tabatière et Mutton Bay de demeurer près de leurs proches.

Même constat du côté de l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec. Sa directrice générale, Manon Charpentier, affirme que le financement actuel est insuffisant, une réalité encore plus marquée dans les régions isolées, où les coûts sont plus élevés, notamment depuis la hausse de l’inflation.

L’association remet également en cause la méthode de classification des besoins, qui détermine le financement quotidien versé aux ressources intermédiaires.

L’Association souhaite que des solutions soient trouvées rapidement et entend faire valoir ses arguments auprès du gouvernement dans le cadre des négociations en cours.

De son côté, Bradley Shattler attend toujours une réponse du CISSS de la Côte-Nord. Il espère faire annuler le transfert de son père afin qu’il puisse continuer à vieillir chez lui, à La Tabatière, entouré des siens.


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