Air Liaison sous le feu des critiques en Basse-Côte-Nord
Écrit par Marie-Eve Dusablon - CJTB - IJL le 26 janvier 2026
Entre les vols annulés, les bris mécaniques, les longues heures d’attente, les bagages égarés et le manque de communication, la patience s’effrite chez plusieurs clients d’Air Liaison. Les critiques envers la compagnie aérienne, qui était jusqu’au 12 janvier la seule à desservir la Basse-Côte-Nord, se sont multipliées au cours des derniers mois.
Pour la dizaine de villages du littoral, souvent sans accès routier, l’avion constitue l’un des seuls moyens de déplacement. Que ce soit pour le travail, pour rendre visite à la famille ou pour recevoir des soins de santé, la population dépend largement de ce service aérien.
Un service essentiel qui est toutefois devenu, pour plusieurs, une importante source d’angoisse.
Des heures d’attente et peu d’explications
À Tête-à-la-Baleine, Jeremy Monger utilise ce service plusieurs fois par mois. Comme de nombreux passagers, il déplore un manque de communication et un service à la clientèle déficient.
On peut attendre des heures dans l’aéroport. Pas de bouffe, pas d’eau, pas rien. Puis après ça, il dit que le vol est annulé. À la fin de la journée, il était dix heures, onze heures, il a fallu payer nos hôtels nous-mêmes, puis ils ne nous ont pas remboursés
Jeremy Monger
Selon lui, le cœur du problème réside dans l’absence d’information claire et continue auprès des passagers. La MRC du Golfe-du-Saint-Laurent affirme avoir interpellé Air Liaison à plusieurs reprises afin de lui faire part des inquiétudes grandissantes de la population.
Quand tu es la seule compagnie qui dessert, c’est un peu comme un monopole, puis ce qui ce passe, ils nous prennent comme pour acquis, le monde n’a pas le choix. Mais là, t’as un choix. Je te le dis, présentement sur la Basse-Côte-Nord, c’est le service qui va gagner!
Daren Jones, préfet de la MRC du Golfe-du-Saint-Laurent
Hausse soudaine des prix de l’hélicoptère
Un autre enjeu a semé l’incompréhension au début du mois de janvier. Le prix des vols d’hélicoptère entre Chevery et La Tabatière est soudainement passé à près de 500 $, alors qu’il se situe habituellement autour de 80 $.
Les explications fournies aux clients ont varié. Certains employés du service de réservation ont évoqué le CISSS de la Côte-Nord, d’autres des frais liés à l’hélicoptère. Le CISSS a toutefois rapidement démenti par courriel, affirmant n’avoir jamais autorisé une telle augmentation.
Air Liaison a finalement reconnu sur ses réseaux sociaux qu’il s’agissait d’une erreur informatique.
Du côté du ministère des Transports et de la Mobilité durable du Québec, on confirme que le programme d’accès aérien aux régions (PAAR) n’a jamais été suspendu.
Le programme PAAR vise justement à réduire le coût des billets dans les régions éloignées comme la Basse-Côte-Nord, sans limite d’achat pour les résidents.
Pour Sylvie Pinette, qui réside une bonne partie de l’année en Basse-Côte-Nord, le service d’hélicoptère entre Chevery, La Tabatière et Tête-à-la-Baleine pose problème à plusieurs niveaux.
« Le prix varie selon plusieurs raisons obscures. Parfois, on nous dit que c’est le CISSS qui fixe les prix. Parfois on nous dit que c’est des problèmes techniques. Ensuite, sur Facebook, par exemple, j’ai vu que l’on disait que le CISSS n’était pas responsable, c’était plutôt à cause d’un problème technique. Donc on ne sait plus quoi croire. Quand il y a des réponses, les réponses ne sont pas claires et elles sont contradictoires. L’autre enjeu est la capacité, ils ne peuvent pas embarquer plusieurs personnes à la fois. On a connu de meilleurs services autrefois. Parfois l’avion vole, mais pas l’hélicoptère. Donc notre vol partirait de Chevery. Mais nous, on n’y a pas accès. », explique-t-elle.
Quels recours pour les passagers?
Transports Canada, de son côté, ne se mêle pas des décisions commerciales des compagnies aériennes. C’est plutôt l’Office des transports du Canada qui veille au respect des droits des passagers.
Parmi ces droits, la communication est centrale : les compagnies doivent expliquer clairement les raisons d’un retard, fournir des mises à jour régulières et transmettre l’information dans un langage compréhensible.
Une nouvelle compagnie, mais une confiance fragilisée
L’arrivée de Central Mountain Air, le 12 janvier 2026, apporte un certain soulagement dans la région. Les effets positifs se font déjà sentir, mais la confiance envers Air Liaison demeure ébranlée, selon Jérémy Monger.
La confiance. Non, pas à cent pour cent. Si des changements se font, on voit l’effort de fait. Ça peut peut-être changer un peu la vision de la compagnie, mais avoir confiance ça serait difficile.
Jeremy Monger
Air Liaison n’a pas donné suite aux demandes d’entrevue formulées par courriel.